L’EDUCATION DES CHIOTS
CHOIX DES GENITEURS
LA LICE : elle doit être confirmée et bien dans le standard,
si elle est « limite, est-ce bien raisonnable de la faire reproduire
?
II n'y a pas que le physique : le Drahthaar est un chien de chasse, c'est
pour cette raison qu'il a été conçu. Ne faisons reproduire
que des chiens ayant fait leurs preuves sur le terrain. Je trouve regrettable
que le T.A.N. ne soit pas obligatoire (tout comme la confirmation). Un vrai
bon chien de chasse réussira à se classer en field-trial avec
un peu de dressage I I est vrai que ces épreuves jugées sur
15 minutes, sont assez pointues et ne s'improvisent pas. De nombreux professionnels
sont prêts à s'occuper de nos chiens. Consultons-les ; il s'agit
d'un investissement sur la reconnaissance future des qualités des
géniteurs. Je préfère un chien qui a quelques lignes à son
carnet de travail (même les Très Bon ou les C.Q.N.) à un
autre qui n'a fait que des expositions, mais l'un n'empêche pas I 'autre.
II existe également le B.LC.P., c'est l'épreuve sur mesure
pour un Drahthaar, le Brevet de travail à l'eau, le Test de Recherche
au Sang
L'ETALON : II faut être encore plus exigeant pour le choix du mâle. Ne pas hésiter à se déplacer (très loin s'il le faut) pour obtenir une saillie d'un chien qui apportera un plus à des chiots. Demandons leurs conditions aux propriétaires. II n'est pas toujours plus coûteux de payer une saillie d'un grand chien que de donner « un choix de portée », c'est à dire le chiot pour lequel n'auriez eu aucun mal à trouver acquéreur ou que vous auriez simplement souhaité garder.
LA NAISSANCE DES CHIOTS
Le Drahthaar est un chien rustique et tout se passe
généralement
très bien, cependant, en cas de problème, n'hésitez
pas à consulter votre vétérinaire. Si votre chienne à l'habitude
de dormir dans un endroit qui ne conviendra pas pour mettre bas et élever
ses chiots (caisse ou niche ou panier trop petit ou pas assez haut),
changez ses habitudes le plus rapidement possible (1 mois
avant la mise bas) afin qu'elle ne soit plus contrariée par ce déménagement.
Prévoir une caisse de mise bas suffisamment grande pour éviter
tout risque d'étouffement de chiots après leur naissance. Je
déconseille également de garnir la caisse de quoi que ce soit, éviter
le couverture ou autres tissus dans lesquels un chiot pourrait se trouver
isolé du reste de la portée.
La coupe des queues (caudectomie) doit se faire dans les jours qui
suivent la naissance. C'est également une opération sans problèmes.
Après l'opération, éviter tout soin qui risquerait d'inciter
la chienne à lécher la plaie et à occasionner une hémorragie
pouvant être fatale.
A quelle longueur couper les queues ? A mon avis, pas trop court (c'est
irréversible),
une demie queue me parait raisonnable. S'il s'avérait qu'en grandissant
votre Drahthaar avait un port de queue défectueux (soit« en
trompette », soit « entre les jambes »), il sera possible
d'atténuer ce défaut en la faisant raccourcir par votre vétérinaire
sous anesthésie. Après la mise bas, certaines chiennes peuvent
devenir agressives envers les curieux, humains ou congénères.
C'est une attitude normale qui passera au bout de quelques jours. Cependant
c'est vous c le patron », faites preuve d'autorité et
les autres devront attendre (prenez vos dispositions pour qu'il n'arrive
pas
d'accident).
Les chiennes Drahthaars sont souvent très prolifiques, les portées
de 10 à 12 chiots sont fréquentes. C'est trop, les plus faibles
ne résisteront pas sans votre aide (biberon), mais c'est beaucoup
de travail. Une autre solution existe. J'y ai eu plusieurs fois recours :
trouver une chienne nourrice qui élèvera une partie de vos
chiots. Peu importe sa race, les adoptions se passent très bien. Si
la nourrice a mis bas plusieurs jours avant votre chienne, il est important
que les chiots aient tété un peu de colostrum (premier lait
immunisateur) de leur mère avant l'adoption.
L'ELEVAGE ET L'EDUCATION DES CHIOTS
A trois semaines, les dents apparaissent ; à quatre semaines on peut
commencer à alimenter les chiots ; à six semaines
il est possible de les sevrer totalement;
Vous serez peut-être surpris de constater que lorsque les chiots ont
cet âge et quand leur mère se trouvera en leur présence
après son repas, elle régurgitera ce qu'elle vient de manger.
Ne croyez pas qu'elle soit malade. C'est une attitude normale de carnivore
pour alimenter sa progéniture.
A sept semaines, prenez rendez-vous avec votre vétérinaire
pour vacciner et tatouer vos chiots.
Quelques particularités des chiots Drahthaars : les parties claires
de leur robe sont carrément blanches. Cela peut paraître
choquant qu'un chiot drahthaar soit presque tout blanc ; en fait,
lorsqu'il sera
adulte, il sera gris ou poivre et sel (1).
La barbe n'apparaît que vers le douzième jour, lorsque les chiots
ouvrent les yeux, sauf le cas de chiots très griffonnés. Un
chiot qui à cinq ou six semaines n'a pas de barbe n'en aura
jamais et ne sera pas confirmable.
A partir de sept-huit semaines, les chiots réservés pourront
partir chez leurs nouveaux maîtres et pour les autres, le travail va
commencer. En plus des soins habituels, nourriture deux fois par jour, nettoyage,
vermifuge administré régulièrement, il va falloir commencer à les éduquer.
C'est très, très important. A cet âge, il est indispensable
qu'ils aient le maximum de contact avec l'homme. II faut leur parler, les
caresser. Ne jamais s'énerver, un coup de balai malheureux en nettoyant
le chenil peut rendre un chiot peureux pendant très longtemps.
II faut également commencer à les sortir, leur apprendre à marcher
en laisse. Un chiot qui à trois ou quatre mois n'a connu que le chenil
risque de poser des problèmes lorsque l'on va lui changer son environnement.
II faut savoir que l'on ne vendra sans doute pas toute sa portée à huit
semaines, mais qu'avec les chiots restants l'on aura beaucoup de
travail. II ne suffit pas de nourrir et d'attendre le client.
LE DEBOURRAGE
A partir de deux mois et demi, trois mois, vous pouvez déjà leur
faire voir du « gibier » et là, ils vous réservent
des surprises.
Le plus facile est de disposer de quelques cailles. Vers l'âge de trois
mois, j'embarque toute ma petite équipe, direction la campagne. Si
le voyage dure plus d'un quart d'heure, il est probable qu'ils seront malades
en voiture. Encore du nettoyage ; je le répète, élever
des chiots en représente beaucoup.
II faut disposer d'un terrain suffisamment vaste avec une végétation
assez longue pour y cacher une caille, mais pas trop non plus car vos chiots
ne sont pas encore bien dégourdis. II est préférable
que les cailles ne soient pas trop volantes ; vous pouvez leur couper les
plumes de l'extrémité d'une aile. Pour les repérer sur
le terrain, je les munis d'un bout de laine d'environ un mètre. Pour
la première fois, je place la caille à environ quatre vingt
mètres du point de départ et c'est au tour du premier chiot.
A bon vent, nous nous dirigeons vers la caille. Ce premier parcours ne sera
pas de la grande quête mais il faut être patient. Quand nous
nous trouvons à proximité de l'oiseau, je suis très
vigilant et prêt à intervenir. Normalement quand le chiot va
passer à un mètre, un mètre cinquante de la caille tapie
dans l'herbe, il va l'éventer et l'arrêter. Et oui, à moins
de trois mois, les plus dégourdis arrêtent patte en l'air,
queue tendue.
Je maintiens le chiot a l'arrêt pendant environ une minute en le caressant
et en lui parlant pour le calmer puis je fais voler la caille pour qu'il
sache ce qu'il a arrêté. Je ne laisse pas le chiot poursuivre
mais le maintiens en le félicitant vivement ; il est très excité et
c'est bon signe. Ensuite je le porte dans mes bras, les plus ardents se débattent,
et le ramène à la voiture. A cet âge, ils ne savent pas
très bien marcher en laisse et seraient frustrés que vous les
traîniez car c'est à la caille qu'ils veulent retourner et non
au chenil. Avant de passer au concurrent suivant, je replace la caille de
telle façon que je n'ai pas à croiser la « place chaude » du
parcours précédent. Si un chiot n'arrête pas mais que
je constate à son attitude qu'il a éventé l'oiseau et
qu'il va poser son nez dessus (et ses crocs), j'interviens très vite
en lui cachant les yeux d'une main et en jetant la caille à une vingtaine
de mètres et nous recommençons. II faut qu'il arrête
avec son nez, sans voir la caille. Si un chiot ne sent pas la caille à quelques
dizaines de centimètres, je la fais voler à sa vue et l'on
recommence à nouveau.
Personnellement j'évite à tout prix qu'un chiot attrape et « mâchouille » une
caille car s'il a compris qu'il peut les attraper, il va devenir un champion
pour trouver et se servir.
Les arrêts à vue n'ont pas d'intérêt, il faut qu'ils
arrêtent avec leur nez.. Lorsque tous les chiots on été individuellement
mis en présence de cailles, je profite de la partie de campagne pour
effectuer une petite promenade de détente avec toute l'équipe.
II faut les habituer aux terrains, les plus variés, à franchir
des fossés, des zones ou ça pique un peu, des terrains marécageux,
etc...
A raison d'une ou deux séances par semaine, les chiots font très
vite des progrès et à quatre-cinq mois, ils seront déjà bien
débourrés. S'il en reste à vendre, ce sera maintenant
sur démonstration ; c'est bien plus convaincant que des grands
discours.
Parallèlement à l'éducation à l'arrêt et à la
recherche du gibier, j'habitue également mes chiots à rapporter,
mais sans en abuser car certains s'y passionnent tellement que cela deviendrait
leur seul objectif et ils ne feront plus que vous surveiller en attendant
que vous jetiez quelque chose qu'ils puissent rapporter .
Très jeunes (mais en été), je fais égaiement
rapporter à l'eau. II ne faut pas non plus oublier de les habituer
au coup de feu.
A six mois un chiot de bonne origine et dont on s'est bien occupé peut être
présenté au T.A.N. (Test d'Aptitudes Naturelles) avec de grandes
chances de succès.
J'insiste sur l'étendue des terrains d'entraînement. II est
très important de les habituer à quêter ; c'est à eux
de trouver le gibier et pas à vous de les y conduire. L'idéal
serait de changer de terrain à chaque séance et dans tous les
cas de varier l'emplacement de pose des cailles. Si vous n'y prenez garde,
vous constaterez également que les plus malins vont se servir de la
piste que vous avez laissé en allant poser le gibier, là encore
il faut faire preuve de ruse.
Lorsque l'arrêt ferme est acquis, il ne faut plus abuser du gibier
posé car vous risquez de former des « faux arrêteurs »,
c'est à dire des chiens trop sensibles qui seront constamment en pose
d'arrêt. II faut cependant continuer à les entrainer, à travailler
discrètement la quête sans la mécaniser, c'est à dire
en laissant l'élève prendre des initiatives sachant qu'il y
aura toujours possibilité de réduire si vraiment il en abuse.
Par contre si très jeune il a été cassé, il riisque
de faire une carrière de « trottinette ». La principale
qualité d'un chien de chasse qu'il faut entretenir et cultiver,
c'est la passion.
II est important de bien dissocier l'arrêt du rapport, mais l'on peut
travaille deux en parallèle. S'il arrive un incident lorsque vous
travaillez sur cailles, le chiot s'emparant de la caille vivante, ne le faites
pas rapporter, intervenez vite en lui enlevant la caille de la gueule sans
le punir mais sans le féliciter non plus.
Les premiers exercices peuvent se faire avec un « apportable » bricolé par
vos soins : des ailes de faisans ou de canards ficelés ou une peau
de lapin. Un deux rapports bien exécutés, on félicite,
on récompense et la séance terminée, ne laissez
pas le chiot jouer avec l'apportable ; rapporter n'est pas un jeu, c'est
un
travail.
Pas d e « baballe » ni de vieille pantoufle, c'est un chien de
chasse que, éduquez, pas un clown.
Lorsque le chien rapporte correctement son apportable, il faut passer
au gibier froid. Si lors du premier exercice le chiot est surpris par
la nature
de ce nouvel apportable et hésite à s'en emparer, je fais
semblant de m'en aller tout en sifflant le chiot. II est bien rare qu'il
ne revienne
sans son gibier.
Je pense qu'il est bien plus simple d'apprendre, en douceur, à son
jeune à rapporter que de le mettre ensuite au rapport forcé.
En suivant la progression : apportable artificiel, gibier froid, gibier frais,
gibier vivant désailé ou entravé, très rapidement
le jeune élève rapporte parfaitement avec la dent douce.
Yves LE ROUX – Eleveur et Conducteur Amateur – Délégué BRETAGNE
(1)N.D.L.R. : Le gris , qui ne figure pas dans les robes admises, est en
fait un effet de l’œil l humain associant le blanc et le noir.
C’est en imprimerie, un effet employé pour obtenir du gris
alors que l'on ne peut pas mélanger le blanc et le noir(comme de
la peinture). Un blanc plus ou moins mélangé noir (ou l'inverse)
donne un aspect plus ou moins gris clair ou foncé. II faut entendre
par « poivre et sel, le noir mélangé de blanc